mercredi 30 mars 2011

Eladio Rivadulla • Disparition d'un des maitres de l'affiche cubaine

Lundi dernier est décédé l'un des maitres du graphisme cubain: Eladio Rivadulla. J'ai eu l'occasion de découvrir son œuvre lors de mes études à La Havane l'année dernière. Son nom ne vous dit peut-être pas grand chose mais son aura à Cuba est immense. Il est l'un des derniers grands pionniers de l'affiche cubaine.

Né en 1923, Rivadulla étudia à l'école des Beaux Arts de La Havane où il apprit les différentes techniques d'arts et d'impressions. Il y fut ensuite professeur durant plus de vingt ans.

Ses affiches de cinéma ont construit sa réputation. Dès l'âge de 19 ans, le jeune graphiste travaillait pour de grands groupes de cinéma alors contrôlés par les Américains. Les films venaient du monde entier et nécessitaient une affiche pour une diffusion propre à Cuba. Rivadulla, plus qu'un simple graphiste, était un sérigraphe très talentueux. Il possédait chez lui son propre atelier et pouvait imprimer des affiches allant jusqu'à vingt couleurs. J'ai eu la chance d'en admirer quelques exemplaires lors d'une petite exposition au cinéma le Chaplin à La Havane en août dernier. J'ai été fasciné par l'exceptionnelle plasticité de ces images. Il s'agit de véritables tableaux aux formats immenses et où la matière vibre grâce aux superpositions de couleurs.

Son talent ne s'arrêtait pas à l'affiche. Il travailla durant de nombreuses années pour des revues et des maisons d'éditions. Flor de Lis Lopez, ma professeur de graphisme cubain à l'ISDi (Intituto Superior de Diseño) travaillait avec lui depuis quelques années à l'archivage de son travail. Une tâche gigantesque et loin d'être terminée puisque Rivadulla a réalisé près de 3500 affiches et 3000 couvertures de livre. Flor m'a montrée à plusieurs reprises ce qu'elle avait trouvé chez lui: gravures, esquisses, peintures, design de timbres, de revues, de billets de banques, etc. Son œuvre est loin d'être connue dans sa globalité puisque de nombreux travaux ont disparu.

Sa création la plus connue ayant marqué le cœur des cubains est "Fidel Castro, 26 de Julio", la toute première affiche de la Révolution Cubaine. Le 1er janvier 1959, avant même que les troupes de Fidel Castro arrivèrent à La Havane, sous sa propre initiative, Eladio Rivadulla dessina et imprima dans son atelier cette affiche représentant le leader révolutionnaire en guérillero. Il est considéré comme le précurseur des arts graphiques cubains post-révolutionnaires annonçant une rupture formelle et conceptuelle avec l'affiche de l'époque.

Rivadulla travailla durant de nombreuses années à la propagande du pays. Il contribua au développement de la communication politique et sociale du pays en construction. Il continua après 1959 à créer de nombreuses affiches de cinéma; au début pour Pelicuba, institution cinématographique distribuant les films dans tous les pays socialistes de l'époque crée par le PCC (Parti communiste cubain), puis avec l'ICAIC (l'institut cinématographique cubain) dont il fut l'un des premiers graphistes. Il aida à la mise en place de l'atelier de sérigraphie de l'organisme. Dans les années 60, lorsque survinrent les premières pénuries de matériel sur l'île, l'artiste trouva d'innovantes solutions pour continuer la production d'affiches du pays (peinture de bâtiment, papier d'emballage…).



Lundi est mort l'un des derniers grands affichistes cubains, un des seuls de l'ancienne génération à ne pas être parti de Cuba dans les années 80. Son œuvre est immense et bien peu connue. Certains cubains disent que le Pop-art, c'est lui, bien avant Warhol.
En 2009, il reçu le très prestigieux prix national de design de Cuba. L'année dernière en juin 2010 avait lieu une exposition-hommage à La Havane, bien trop petite à mon gout au vue de l'ampleur de son travail.
Je suis assez triste de constater que sa reconnaissance n'aura rarement dépasser les frontières de l'île. Nous avons une part de responsabilité face à cette ignorance mais Cuba a la sienne. Le pays a préféré garder ses artistes et les empêcher de s'exporter durant de nombreuses années, ce fut une de ses erreurs qui se reproduit actuellement avec la jeune génération. Il est même triste de constater que bien peu d'étudiants en graphisme à Cuba connaissent l'existence de cet homme. Rivadulla pourrait très bien avoir sa place comme bien d'autres graphistes de sa génération auprès des plus grands affichistes tels que Tomaszexski, Cassandre ou Fukuda.



Me concernant, je retourne à Cuba la semaine prochaine durant une vingtaine de jours afin de continuer mon travail d'enquête sur l'affiche cubaine que je mène depuis maintenant deux ans. J'espère très rapidement apporter un résultat concret et conséquent à ce projet.


La photo du haut a été prise lors de l'inauguration de l'exposition Hommage le 28 mai 2010. Retrouvez quelques unes de ses images sur ce site.

lundi 28 mars 2011

D'ailleurs nous sommes d'ici

Suite à l'appel que vous pouvez signer ici, plusieurs centaines d'organisations associatives, syndicales, politiques, et de nombreuses personnalités et individus préparent, partout en France, diverses manifestations qui culmineront avec la journée nationale du 28 mai, date anniversaire de la création du Ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Co-développement. Elles visent à contrer les idées et les politiques racistes qui envahissent la société, promues notamment par le gouvernement actuel.


L'affiche est l'œuvre de Sébastien Marchal. Le petit groupe de graphistes militants que nous formons avec qui nous avons produit les expos d'affiches durant les manifestations sur les retraites, participe depuis les premières réunions à cet appel. Une série d'images en vue de soutenir cette initiative va être produite et éditée sous différents supports par les membres de notre groupe.

dimanche 20 mars 2011

Barricade • Jolie Môme

Je suis allé voir ce vendredi pour l'anniversaire des 140 ans de la Commune, la pièce de théâtre Barricade jouée par la compagnie Jolie-Môme avec des amis. Ce fut un bon prétexte pour nous instruire et découvrir à travers ce formidable spectacle une partie de notre histoire peu connue.

Nous sommes en 1871. Après la guerre et l’armistice, Paris doit être occupé par les Allemands. Le gouvernement français collabore. Le peuple lui, refuse cette aliénation. Il s’insurge et résiste à l’envahisseur et à son gouvernement félon. De cette paix honteuse naîtra la première révolution sociale de l’humanité : "La commune de Paris". Durant 72 jours, Paris et ses habitants créent une nouvelle république plus équitable, plus juste et laïque.

Barricade est l’histoire d’Henriette. Marchande de fleurs, elle se lance dans la Commune à corps perdu, avec générosité ; elle ne comprend pas tout ; elle aura peur… De Lulu, son petit frère, il comprend plus, parce qu’il vend des journaux ? Parce qu’il est amoureux… d’une internationaliste ? De Pierrot, Hercule, Raoul qui donneront tout pour cette République Universelle qu’ils n’avaient jamais osé rêver. De Jeanne visionnaire aveugle, peu écoutée, c’est une femme… De Robert l’intellectuel, trop gentil, naïf…
Barricade est l’histoire de tous ces gens qui ont cru à l’honnêteté, à la justice, en la légitimité, en l’homme… jusqu’au bout.

Allez voir cette pièce de théâtre en famille ou entre amis. L'œuvre est à la fois pédagogique et pleine d'humour. Entre 70 000 et 100 000 personnes sont mortes pour la Commune. Une révolution qui aurait pu à jamais changer le paysage politique et social de France mais qui par l'aliment du gouvernement de Thiers et des Prussiens a transformé ces fabuleuses idées en carnage.

Du 18 Mars au 10 Avril 2011 à La Belle Étoile (14 rue Saint-Just, Saint-Denis)

samedi 19 mars 2011

Conférence Gavillet et Rust /// Paris 8

Le bureau Gavillet et Rust est à la fois un bureau de design et une fonderie. Cette particularité permet de disposer à la source d’outils typographiques, qui servent à la réalisation des projets, allant de la simple utilisation, à la «customisation», en passant par une nouvelle idée de caractère et parfois une nouvelle création. Pour illustrer cela, Nicolas Eigenheer présentera l’identité visuelle du Frac Champagne-Ardenne, différents caractères qui ont été développés spécifiquement dans le cadre d’un projet (livre, identité) et la fonderie Optimo.

Le mercredi 23 mars 2011 à 18h30, salle A1-172
Université Paris 8 – bâtiment A département Arts Plastiques
2 rue de la Liberté, 93 Saint-Denis
métro Saint-Denis – Université

mercredi 16 mars 2011

Liberté surveillée

Une des affiches produites par les bénévoles du café associatif la Commune libre d'Aligre. L'atelier sérigraphie s'est mis en place il y a environ deux mois et répond à la nécessité des habitants du quartier de communiquer sur leurs événements et leurs luttes.

Quelques images ont été tirées sur la vidéo-surveillance puis collées ce weekend aux emplacements des futures caméras de surveillance dans le 12ème arrondissement de Paris.

Café de la Commune
3 rue d'Aligre, 12ème

vendredi 11 mars 2011

Voina




Voina est un collectif artistique russe crée en 2007 et connu pour des actions publiques très provocatrices à l'encontre du gouvernement russe. "Voina" signifie guerre et ses performances ont déjà fait l'objet d'une quinzaine de poursuites en justice. Ses membres sont à la fois artistes et militants de gauche ou d'extrême gauche opposés au pouvoir totalitaire de Poutine. Parmi leur actions les plus marquantes: de fausses pendaisons d'homosexuels, de juifs et de travailleurs immigrés dans un supermarché pour dénoncer la politique du maire de Moscou, le dessin d'un pénis de 65 mètres en 23 secondes sur le pont levant en face des bureaux du FSB (ex-KGB) ou l'organisation d'une partouze dans une des salles du musée national de biologie à Moscou lors de l'élection de Medvedev à la présidentielle.

Le 15 novembre 2010 suite à l'une de leurs performances, Oleg et Léo, deux membres du collectif furent arrêtés par le FSB. Ils risquent de 7 à 10 ans de prison. Le groupe a renversé plusieurs voitures de police protestant ainsi contre l'abus de pouvoir et la violence quotidienne des agents de police. Aujourd'hui le FSB possède de nombreux renseignements sur les militants du collectifs et peuvent à tout moment précédé à des arrestations.

Banksy sensibilisé par l'affaire a décidé de mettre aux enchères une de ses affiches en décembre dernier et de reverser la totalité des bénéfices au groupe Voina soit près de 95 000 euros.

Je vous invite vivement à visionner quelques vidéos du groupe. Les actions menées sont impressionnantes et plutôt comiques.

mardi 8 mars 2011

Journée des femmes • PCF

La toute première collaboration effectuée avec le Parti Communiste Français au niveau national pour la journée des femmes. L'image réalisée d'après une gravure a été éditée en autocollant au format 10X15 cm et tirée à 10 000 exemplaires notamment pour les manifestations qui ont eu lieux samedi mais aussi pour les autres initiatives féminines.

Il n'y a pas eu trop de concessions à apporter à l'image et pour cela j'en suis plutôt satisfait. L'idée originale comportait un poing au lieu du symbole féminin.




ET, c'est pas la classe ça... Jean-Luc et Pierre Laurent à la manif ce samedi.

lundi 7 mars 2011

La révolution grecque sur les murs

Ce weekend, j'ai fait une petite escapade par Athènes. La capitale grecque n'a rien d'exceptionnelle mais le contexte social du pays rend la ville intrigante. Le ras le bol est perceptible surtout chez les jeunes. L'avenir est restreint, quand on trouve du travail avec des salaires à 600 euros et des prix exorbitants.

Parmi mes découvertes je vous présente la plus intéressante: une sérigraphie que j'ai trouvé qu'une seule fois sur un mur de la ville.
Je me suis rendu à "Nosotros", un genre de squat-bar dans un immeuble d'un quartier populaire, lieu de rencontres et d'échanges des révoltes grecques. Un type m'a aidé à comprendre cette sérigraphie. D'après ce que j'ai compris, il s'agit du président, du leader de l'opposition et du parti d'extrême droite grec qui tous, sont dirigés et manipulés par les mêmes personnes: les banquiers et les actionnaires. Nombreux sont les messages et les affiches politiques sur les murs de la ville mais celle-ci sort nettement du lot. Il serait très intéressant de connaitre la production de son créateur…